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vendredi 10 janvier 2014

Le gouvernement donne des primes aux cadres de la SAQ pour mieux vous exploiter


NOTE: ce texte a aussi été publié le 9 janvier 2014 dans le Huffington Post Québec (voir ici).

Si le principe de donner des primes aux cadres de la haute direction de la Société des Alcools fut jadis une bonne idée,  celui-ci est devenu avec le temps l’un des principaux facteurs de la lente dénaturation dont souffre notre système québécois de la commercialisation de l’alcool.

Pour ceux et celles qui l’ignorent, depuis plus d’une quinzaine d’années, les cadres de la haute direction de la SAQ reçoivent en plus de leurs salaires des primes qui leur sont versées en juillet, juste à temps pour les vacances estivales.

N’aller cependant pas croire que je suis systématiquement contre tout ce que fait la Société des Alcools du Québec. Ainsi, lorsqu’à l’automne dernier plusieurs médias faisaient les gorges chaudes en révélant que les employés de la SAQ bénéficiaient d’un escompte sur leurs achats, j’ai publiquement expliqué pourquoi je n’y voyais rien de répréhensible, d’autant plus que cette mesure était liée à une limite annuelle raisonnable. Je ne vise que l’amélioration des choses, rien de plus.

Je vais peut être vous surprendre mais je vous dirai de plus dès le départ qu’ayant presque toujours travaillé dans le domaine privé, je suis en faveur du principe général d’un programme de primes au rendement pour les employés cadres d’une entreprise. Mais suite aux explications qui suivront, vous saurez pourquoi je recommande l’abolition d’un tel programme pour la Société des Alcools du Québec.

Un bon programme…en principe

On ne parle pas pourtant d’un gros montant. À peine trois millions de dollars sur un chiffre d'affaires de près de trois milliards de dollars. Mais celui-ci n’étant réparti qu’entre 75 personnes environ, les bonis qui en résultent sont substantiels. Sans vous donner tous les détails du programme en vigueur, mentionnons à titre d’exemple que les 10 vice-présidents peuvent voir leur salaire de base augmenter de 30%, soit une prime  d’environ 50,000.00$ chacun.

Et puisque le critère essentiel pour l’obtention de cette belle somme est l’atteinte de l’objectif du dividende annuel fixé par le gouvernement, les cadres de la haute direction ont tout intérêt à mettre le profit en haut de leur liste de critères dans la prise de chacune de leurs décisions. S’ils ont à trancher entre la profitabilité et la qualité, c'est-à-dire entre le gouvernement ou le consommateur, il n’est guère difficile de savoir du quel côté penchera la balance.

Dans un cadre commercial normal, la concurrence sert de garde-fou aux décisions déraisonnables ou illogiques. Si on exploite trop les clients, ceux-ci iront chez les compétiteurs. Comme vous le savez, il n’existe malheureusement aucune protection de ce genre pour les consommateurs d’alcool au Québec.

Ce qu’en pensent certaines personnes

Comme l’écrivait le journaliste Gérald Fillion en mai 2010 sur son blogue :

« Cette façon de faire conduit à des excès qui peuvent provoquer des dommages considérables ».

Dans les commentaires qui suivent ce billet, notons celui de monsieur Alain Bonin de Laval :

« Pour que ces cadres obtiennent des bonis, il faut qu'il soit en compétition avec une autre entreprise. Il faut aller chercher, avec des idées innovatrices, des parts de marché chez des concurrents et non dicter le marché aux consommateurs. »

Et celui de monsieur Gaston Langlais de Gaspé :

« Il n'est pas nécessaire d'être très doué pour gérer une société d'état en situation monopolistique. Il est impossible de se comparer avec autrui, pour mesurer sa propre performance, car autrui n'existe pas. N'importe lequel non-initié peut donc augmenter le prix des bouteilles ou des tarifs pour accroître davantage le bénéfice net de "son" entreprise. Dire que le bénéfice net mesure le génie administratif des dirigeants de la SAQ, de la SAAQ, de Loto-Québec ou de l'Hydro-Québec relève du ridicule. »

Lorsque la limite est atteinte

Revenons au tout début afin de comprendre comment le principe de base de la prime au rendement pour les cadres de la SAQ a été vicié au fil du temps. Car je ne doute pas qu’au tout début les effets ont pu être bénéfiques. Il y avait certainement beaucoup de programmes et de manières de faire qui devaient être améliorés à la fin des années ’90 dans ce monopole. L’efficience augmentant, le dividende progressa et les primes maximales purent ainsi être facilement encaissées par les bénéficiaires qui évidemment y prirent goût.

Le problème est que notre dépensier gouvernement désire toujours plus d’argent. Mais que peut faire de plus un administrateur lorsque presque tout dans la machine a été dégraissé, repensé, optimisé et que l’on a presque atteint le niveau optimal de ventes de vin et d’alcool que la population adulte de la province peut vous donner? Que faire d’autres sinon abuser de son statut de monopole en « trichant » à plusieurs niveaux. Il le faut bien, puisque le gouvernement s’attend à recevoir le dividende plus élevé demandé et que le généreux et juteux boni en dépend. 

Un encouragement à l’exagération 

Le gouvernement en tenant ainsi les hauts fonctionnaires administratifs de son monopole par les couilles (non je ne vous mettrai pas ici d’image), les oblige ainsi indirectement à prendre des décisions qui ne profiteront qu’à lui et ce, au dépend des consommateurs en qui il ne voit plus que des contribuables. Ainsi, on transforme peu à peu un programme efficace de primes au rendement en un système déguisé de partage des profits visant l’atteinte d’objectifs financiers gouvernementaux de plus en plus inaccessibles.

Où cela nous a-t-il menés?

Pourtant au début, l’idée était valable. Voici ce que monsieur Gaétan Frigon, PDG de la SAQ de 1998 à 2003, disait à propos du programme des primes pour les cadres de la SAQ :

« La nature humaine aime l’appât du gain; donnez à quelqu’un un objectif à atteindre avec une récompense au bout et vous serez surpris des résultats. »

Quinze ans plus tard après la mise en place du programme de primes, nous ne pouvons effectivement qu’être collectivement surpris de voir les résultats, c'est-à-dire le nombre de décisions illogiques, de dérives et de dérapages, tous en défaveur du consommateur, auxquel ce système de bonis nous a conduit. Maintenant vous savez pourquoi :

-On a éliminé les vins de moins de 10$ (reste 30 vins sur 8,041 soit 0,4%)

-On élimine présentement rapidement les vins de moins de 15$

-Il y a eu en 2005-2006 le scandale des prix de départ chai gonflés qui mena pour satisfaire la galerie au congédiement de deux vice-présidents

-On ne fait pas toujours bénéficier les consommateurs des variations du taux de change qui leur sont favorables
-On a développé le programme Distinction 4A+ afin que les conseillers en vin vous vendent plus de vins à prix plus élevées 

-On ne fait pas profiter aux consommateurs des ristournes secrètes reçues des fournisseurs

-On accorde si peu de points au critère spécifique de la qualité dans la grille de sélection des produits courants
-On a commencé il y a déjà trois ans à couper dans les avantages des employés ainsi que le nombre de postes diminuant d'autant le service à la clientèle en succursales

-On inclut le coût des promotions dans le prix de vente régulier afin de financer le « rabais » que l’on vous consent lors des ventes de leurs circulaires

-Que l’escompte de 15% que l’on vous accorde sur l’achat de 12 bouteilles dans les SAQ Dépôt ne serait pas si généreux qu’il n’y paraît à première vue.

Et je pourrais continuer ainsi longtemps mais je manque de place.


Un changement s’impose

Je n’ose à peine imaginer à quoi ressemblera d’ici quelques années à peine le marché des boissons alcooliques au Québec si on laisse les choses aller sur cette dangereuse pente d’utilisation de méthodes visant le profit à tout prix et qui seraient pour la plupart interdites et condamnables si elles étaient pratiquées par des entreprises privées plutôt que par une société d’état.

Comme le souligne l’IRIS (Institut de Recherche et d’Informations Socio-économiques) dans une étude réalisée en 2011 et intitulée « Les bonis dans le système public québécois » :

« Pourtant, comme le démontrent les expériences de l’étranger et les entrevues réalisées pour cette étude, plusieurs conséquences néfastes des bonis à la performance n’ont pas été prises en compte lors de leur mise en place. Enfin, il y a peu de chances que ces problèmes soient identifiés par les organisations ayant adopté cette formule, puisque la majorité de ces dernières n’évaluent pas l’efficacité de leur système de bonification ». 

Le changement doit donc venir du gouvernement du Québec et c’est lui que j’interpelle aujourd’hui afin qu’il abolisse le programme de primes pour les cadres de la haute direction de la SAQ.  

Et comme le souligne l’IRIS, ce système de rémunération est inéquitable vis-à-vis de l’ensemble des employés : 

« Les systèmes de bonification semblent permettre une croissance plus rapide du salaire des cadres supérieurs et des hauts dirigeants en regard de celui des simples employés ».

Que faire?

Afin que l’échelle salariale de la Société des Alcools demeure compétitive par rapport aux emplois similaires dans le marché du travail au Québec, le gouvernement pourrait considérer ajouter le montant de la prime au salaire régulier afin que le versement du boni ne soit plus tributaire d’un objectif financier irréaliste à atteindre fixé par le Ministre des Finances.

Et pour les gens qui croient que cela risquerait de ne plus motiver adéquatement nos hauts fonctionnaires administratifs, sachez que les experts de l’IRIS ne sont pas d’accord avec vous :

Rien ne démontre qu’une politique salariale qui transfèrerait les montants accordés en bonis dans les salaires fixes n’obtiendrait pas les mêmes bénéfices.

Le bon moment

Les premiers résultats économiques pour l’année financière 2013-2014 qui se terminera le 31 mars prochain donnent à penser que le dividende prévu de la SAQ de un milliard et soixante-sept millions de dollars ne sera pas atteint et qu’il sera même inférieur à celui de l’année financière précédente qui était de un milliard et trente millions de dollars. 

Puisque les primes ne seront vraisemblablement pas versées cette année aux personnes éligibles, il est donc l’heure de les abolir. On ne peut imaginer un meilleur moment.

Car présentement ce sont et les consommateurs, et les cadres de la SAQ, et le gouvernement provincial qui subissent ensemble les conséquences des effets pervers engendrés par ce programme de primes devenu à l’évidence contre-productif pour tous.

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